mardi, novembre 16, 2004

Sous les porches

A la tombée de la nuit il existe de petit refuge ou l'oeil ose à peine effleurer l'opacité du lieu. Un endroit que certain considère comme un sanctuaire divin, une antichambre céleste ou la lune n'y trouve pas de retraite, une cachette secrète où nos coeurs peuvent s'y déployer offrant de petits moments de répis dans nos folles journées. C'est par hasard qu'un soir je m'y suis attardé, le coeur lourd, l'âme chargé de houblon, vociférant de milles jurons sur le monde et ses ambitions. Etait-il inconscient ce silence ? Je me sentais littéralement coupé du monde. Toute mon histoire me faisait face, gisait là sur le sol, dégoulinait sur les murs. Introspection cognitive menant à ma perte. Immense gouffre béant de passé putidre, de rêves sucrées. Amas protéiformes d'espoir, de larmes salées. Ouvrant toutes suintantes les plaies acides des souvenirs amères. Ces mêmes souvenirs qui emplissent les crues et les décrues d'une rivière qui ne cesse de grandir au fur et à mesure des années de vies. Chargé d'alluvions en tout genre, tous ces visages m'apparaissent translucides, monochromes. Je reconnais chacun d'entre eux comme le sceau sacré d'un moment de ma vie. Est-ce le processus de mort ? Suis-je en train de mourir ? Je me cogne la tête en essayant de me relever sur la voûte salie de graffiti. Titubant j'essai malgré tout de pisser contre le mur. Et c'est avec volupté que j'esquive le filet qui retombe entre mes jambes. Je me suis d'ailleurs toujours demandé si la pisse n'était pas téléguider pour atterrir sur nos pompes. Je décide de m'assoir de l'autre côté avec un peu de chance ça sentira moins l'urine.
Recroquevillé sur la canette, des pensées plein la tête. Combien de temps cela va t'il encore durer ? Combien de temps avant de me faire enlever, capturer. J'en suis venu un jour à me demander si la mort ne préfèrais pas prendre les âmes riches. Tout était plus facile pour eux alors pourquoi pas ça. Il faisait si souvent le tour qu'il me lassait de me laisser à chaque fois sur le trottoir ou sous un porche. Alors encore une fois je l'attendais sous cette arche de pierre, sous ma coupole, mon monument funéraire, mon tombeau, toujours saoul mais pas mort.

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